Exposition

Chrono-chroma

14 décembre 2023 – 8 février 2024

Vernissage le jeudi 14 déc. 18h
CHÉRY Diane | HAO Jingfang & WANG Lingjie | ZHAO Duan

Performances :
CHÉRY Diane : 19h, 20h | ZHAO Duan : 19h30

L’exposition Chrono-chroma, dont le nom signifie temps-couleur, réunit quatre artistes, dont deux travaillent en collaboration. Elle montre donc trois pratiques.

Je dis « pratiques » car ce qui est présenté se situe entre la performance, le projet conceptuel et les œuvres proprement dites, c’est-à-dire choses matérielles et in situ. On pourrait ajouter la référence à l’installation mais celle-ci étant éminemment temporaire, il vaut mieux la fondre avec la performance.

L’originalité du projet tient à cette existence hybride et énigmatique que marque le mot « entre ».

Des œuvres comme choses, il reste presque toujours quelques traces. Une fois l’exposition terminée, il restera au pire des souvenirs et aujourd’hui surtout des photographies. Dans le temps de son existence, il y a des objets à voir, même si ce ne sont pas absolument des choses.

C’est évident avec les dispositifs et séries encadrés de papiers thermiques marqués de brûlures du soleil de HAO Jingfang & WANG Lingjie. C’est tout aussi net avec les lignes tracées sur les murs par ZHAO Duan. Ce l’est moins pour le travail de Diane CHÉRY dont les peintures et tapisseries sont plutôt des étapes dans un travail en développement mais ses étoffes colorées et costumes font partie intégrante de la performance.

Le projet conceptuel est ici la dimension la plus forte, présente à travers des pratiques réfléchies et méditées à la croisée de la pensée chinoise et de l’art occidental des cinquante dernières années.

Pour Duan, le concept moteur de son activité est celui d’une séismographie du temps et des sensations vécues, avec aussi la rencontre de l’autre comme regard ou comme complice – l’autre étant aussi bien le spectateur que l’idée que s’en fait l’artiste quand elle l’inscrit dans sa production.

Pour HAO Jingfang & WANG Lingjie, c’est le concept d’un art produit par la nature – une nature cosmique à l’échelle de l’univers avec soleil, lumière, comète, pluie.

Pour CHÉRY, c’est le concept d’une performance étrange, qui n’est ni danse destinée au spectacle ni provocation pour un public initié d’art mais un événement distendu, auto-centré, qui tombe dans la réalité comme un phénomène naturel.

Quant à la performance, elle prend des visages différents avec chacun des artistes.

La performance de ZHAO Duan est à double face : productrice de traces et moment d’action et de perception.

Celle de HAO Jingfang & WANG Lingjie est mise à distance, encapsulée dans les objets qui la recueillent – performance des éléments naturels.

Celle de CHÉRY se produit ici et maintenant (hic et nunc) et disparaît quand elle est terminée. Performance étrange qui fait d’abord penser à l’usage que faisait l’artiste brésilien Helio Oiticica de parangoles, de capes de couleurs qui entraînaient dans la performance dansée spectateurs et artistes. L’étrange est que CHÉRY coupe la performance du public qui en est en quelque sorte exclu et se retrouve face à quelque chose d’étranger, fermé sur lui-même comme une œuvre hermétique. Son travail a quelque chose d’une œuvre qui vit et respire tout en restant à l’écart, hors circuit.

Au fur et à mesure que je décris l’ « entre » de ces pratiques, je me rends compte qu’outre couleur et temporalité, elles ont un point commun énigmatique : une volonté tranquille de préserver leur étrangeté et leur mystère. Comme je l’avais écrit dans un premier texte sur l’œuvre de ZHAO Duan, il y a là une recherche à la fois de la rencontre et du secret. Il faut que l’œuvre ne soit ni évidente ni de plain-pied, qu’elle nous touche tout en gardant le secret sur le message et les propriétés formelles. C’est une manière de prendre position aujourd’hui par rapport à la fois au formalisme abstrait et à la communication symbolique en montrant qu’une œuvre n’est ni une chose ni un message mais une présence soustraite et réservée.

Texte par Yves Michaud

Philosophe et critique d’art, ancien directeur de l’École Nationale Supérieure des beaux-arts de Paris.

CHÉRY Diane

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CHÉRY Diane (France, 1993), est une artiste plasticienne, peintre et chorégraphe.

Elle est diplômée de l’école Estienne, des Arts Décoratifs de Strasbourg, puis des Beaux-Arts de Paris avec les Félicitations en 2020. Elle se forme dans les ateliers de peinture de Jean Michel Albérola, Stéphane Calais et dans l’atelier danse performance d’Emmanuelle Huynh.

CHÉRY Diane a participé à de nombreuses expositions collectives et projets performatifs. Depuis 2015, son travail a été montré dans des galeries, musées, salons et salles de spectacles.

(FR: Philharmonie de Paris, Hangar Y, Le19M, Grand Palais Ephémère, Salon Art Paris, Musée Eugène Delacroix, Galerie Sabine Bayasli, Galerie Jeune Création, Galerie Quand les Fleurs nous sauvent, Centre National de la Danse, Centre Wallonie-Bruxelles Paris, Centre Culturel du Crous de Paris, Biennale de Champigny sur Marne, le Parc Floral des expositions.)

Elle a travaillé pour les artistes : Boris Charmatz, Angelica Mesiti, Esther Ferrer, Lenio Kakléa, Henrik Vibskov, Ingri Fiksdal, Jennifer Lacey, Katrin Schnabl, Sky Cubacub, et Emmanuelle Huynh.

Son travail s’établit principalement entre peinture, performance et arts textiles qu’elle conjugue et accomplit de manière individuelle.

Un échange à la School of the Art Institute of Chicago lui permet de développer la pratique du tissage, et la création de costumes. Elle se forme dans l’atelier danse-performance d’Emmanuelle Huynh aux Beaux-Arts de Paris, et auprès de nombreux danseurs de la scène américaine de la compagnie d’Alwin Nikolais lors d’une résidense dans le Maine l’été 2019.

HAO Jingfang & WANG Lingjie

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HAO Jingfang et WANG Lingjie , artistes chinois qui travaillent en duo, entre la Chine et la France, sur plusieurs disciplines : l’installation, la vidéo, la performance, la peinture, les dessins etc. Ils s’intéressent beaucoup à la nature, souvent, à travers des systèmes mécaniques qu’ils construisent. Ils travaillent également avec des éléments composés de petits mouvements de l’univers. Comme le vent, la vague, ou une feuille qui tombe. Parfois, ils expérimentent le mouvement d’un seul point sur un grand fond noir, comme un petit être humain dans l’univers. Ils jouent aussi le rôle d’« attrapeurs de lumière » grâce à leur sensibilité aux changements de lumière. La lumière invisible et intouchable, à travers leurs mains magiques, devient imprévisible. 

Leurs oeuvres sont exposées principalement dans des musées et des centres d’arts internationaux, notamment le Centre Pompidou Paris, le Palais de Tokyo, la biennale de Lyon, etc. 

ZHAO Duan

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Zhao Duan, née en 1981 à Shenyang, dans la province du Liaoning, a obtenu son diplôme de l’École Supérieure des Beaux-Arts de Toulouse en France en 2010. Actuellement, elle vit et travaille à Paris et à Noisy-le-Sec.

L’approche artistique de Zhao Duan se concentre sur les notions de contact et d’expérience. Elle explore son travail à travers une variété de médiums et examine la relation triadique entre le corps, l’action et le temps. Elle privilégie une méthode d’enregistrement qu’elle qualifie d’« empreintes », permettant de relier la performance à la peinture et le dessin, elle cherche à laisser des marques et des traces heuristiques fertiles.

En 2012, Zhao Duan a obtenu le prix Michel Journiac en France. Ses oeuvres font partie des collections de nombreuses institutions, à la fois privées et publiques, et ont été largement exposées en France et à l’étranger. Ses expositions ont eu lieu dans des lieux prestigieux tels que le Musée de la Chasse et de la Nature à Paris, le Musée d’art contemporain Mac Val à Paris, le Musée d’art contemporain Ming à Shanghai, WU Space à Shenyang, et le Musée Ludwig en Allemagne, entre autres.

Leurs oeuvres sont exposées principalement dans des musées et des centres d’arts internationaux, notamment le Centre Pompidou Paris, le Palais de Tokyo, la biennale de Lyon, etc.