MÉTAMORPHOSÉS
3 septembre 2026 – 3 octobre 2026
Vernissage le 3 septembre à partir de 18h
Artistes
SHU Rui / Laetitia DUCRETTET
Curatrice
Maribel NADAL JOVÉ
MÉTAMORPHOSÉS
Maribel NADAL JOVÉ
Nous sommes toutes trois liées à Limoges par nos parcours de vie et de travail. Aucune de nous n’y est née, mais c’est dans cette ville que Shu Rui et Laetitia Ducrettet ont étudié à l’École nationale supérieure d’art et de design (ENSAD), tandis que j’ai choisi d’y vivre. Toutes les œuvres réunies dans cette exposition y ont été réalisées. Made in Limoges est un clin d’œil au savoir-faire limousin qui dépasse aujourd’hui les seuls arts du feu. Il rappelle que les artistes installés sur ce territoire développent des pratiques contemporaines variées, bien au-delà de la porcelaine et de l’émail.
Le titre Métamorphosés s’impose d’abord comme un pluriel. Il évoque toutes les formes de transformation qui parcourent leurs œuvres. Les visages se maquillent, les expressions se déforment, les animaux deviennent des personnages, les objets du quotidien changent de statut et la consommation produit sans cesse de nouvelles apparences. Rien n’est totalement stable : tout est en devenir.
Cette idée de métamorphose constitue le véritable fil conducteur de l’exposition. Présentées en regard, les œuvres de Shu Rui et de Laetitia Ducrettet dialoguent autour de cette question commune : que devient un visage lorsqu’il est maquillé, filmé ou observé ? Que devient un animal lorsqu’il est humanisé ? Que devient un objet lorsqu’il quitte son usage pour entrer dans le champ de l’art ? À travers des médiums différents, les deux artistes montrent que notre époque transforme en permanence les corps, les images, les objets et les identités. La métamorphose n’est plus seulement un thème hérité des récits mythologiques ; elle devient une condition du monde contemporain.
Depuis les récits mythologiques, la métamorphose accompagne l’histoire des images : Jupiter devient cygne, Narcisse se change en fleur. Chez Shu Rui et Laetitia Ducrettet, les transformations sont moins radicales ; elles touchent l’apparence plutôt que l’identité. Elles interrogent cependant notre époque, où le paraître, les filtres et les mises en scène façonnent de plus en plus notre rapport au monde.
Les aquarelles de Shu Rui trouvent leur origine dans des images glanées sur Internet. À l’heure de la surproduction visuelle, regarder les autres est devenu une activité quotidienne. Observer des inconnus se maquiller ou manger devant une caméra fait désormais partie d’une consommation banalisée des images. Si les tutoriels de maquillage répondent à un désir d’apprentissage, les vidéos où l’on regarde des personnes engloutir des quantités de nourriture relèvent d’un voyeurisme parfois déroutant.
En transposant ces captures d’écran dans la peinture, Shu Rui les extrait du flux numérique. Ce qui semblait anodin retrouve une étrangeté inattendue. Les portraits naissent d’un geste rapide, à l’image de la vitesse avec laquelle défilent les vidéos qui les inspirent. Ils représentent aussi bien des anonymes que des créateurs de contenus ou des mannequins mondialement connus, tous saisis dans un instant où leurs traits se déforment sous l’effet d’un geste ou d’une expression.
L’artiste maîtrise le portrait traditionnel, réalisé d’après modèle vivant et inscrit dans le temps long de l’observation. Ici, elle choisit au contraire l’image numérique comme point de départ. Cette collecte d’images devient un terrain de jeu qui détourne avec humour l’abondance des contenus produits pour être consommés toujours plus vite.
Les sculptures de Laetitia Ducrettet développent deux thèmes majeurs de sa pratique : les masques et les animaux. Réalisés en porcelaine de Limoges ou en grès, ses masques donnent vie à des figures populaires telles que Dracula, Pinocchio ou Bandito, mais aussi à des personnages carnavalesques où les animaux deviennent eux-mêmes maquillés. Théâtre, cabaret et culture populaire s’y rencontrent dans un univers à la fois fantasque et généreux.
Installée en vitrine, la grande sculpture animale grotesque appartient à la série Monstres. L’artiste imagine ces créatures comme des gardiens inspirés de la statuaire égyptienne de Louxor, hybridée avec l’univers de l’animation, notamment Wallace et Gromit. Loin d’une représentation naturaliste, ces animaux deviennent des personnages expressifs, plus drôles qu’inquiétants.
Les créatures maquillées de faux cils, de paillettes et de couleurs vives dialoguent naturellement avec les aquarelles de Shu Rui. Elles répondent aux grimaces provoquées par l’application d’un mascara ou d’un khôl et prolongent la réflexion sur les artifices qui transforment les visages.
En écho aux scènes de dévoration peintes par Shu Rui, Laetitia Ducrettet présente également une installation textile conçue spécialement pour cette exposition. Au sous-sol, bouteilles, emballages et produits de consommation s’accumulent jusqu’à composer une montagne colorée. Sans adopter un discours moralisateur, l’artiste évoque la surproduction et le gaspillage à travers un vocabulaire plastique nourri d’humour, de références à la culture populaire et d’une esthétique presque décorative. La dérision devient ici un moyen d’ouvrir la réflexion plutôt que de l’imposer.
Métamorphosés propose ainsi un récit du temps présent où se croisent saturation des images, faux-semblants, consommation et transformations permanentes. Les métamorphoses qui traversent les œuvres ne sont jamais seulement physiques : elles concernent aussi les usages, les représentations et notre manière de regarder le monde. En révélant l’artifice avec humour, fantaisie et parfois dérision, Shu Rui et Laetitia Ducrettet invitent le visiteur à interroger ses propres métamorphoses. Le titre cesse alors de désigner uniquement les œuvres : il finit par nous inclure.
Artistes
Laetitia DUCRETTET
née à Annecy en 1998, vit et travaille à Limoges. Diplômée de l’ESAAA d’Annecy en 2023 puis de l’ENSAD de Limoges en 2025, elle choisit de s’y installer afin de développer sa pratique de la céramique. Après un stage auprès de Michel Gouéry à Paris, elle participe à plusieurs expositions, notamment au musée national Adrien Dubouché, au musée Cécile Sabourdy, à La Cour des Arts de Tulle ainsi qu’à l’exposition Cluster #1 au Pavillon de l’Orangerie de Limoges. Membre du réseau Réfractaires, les indépendants de la céramique en Nouvelle-Aquitaine, elle mène également des ateliers avec le FRAC Artothèque Nouvelle-Aquitaine et a récemment effectué une résidence à Draguignan au sein de Drago.
SHU Rui
née en 1990 à Suzhou (Chine), vit et travaille à Paris. Après une licence en peinture à l’huile à l’université Sanjiang de Nankin, elle obtient son DNSEP à l’ENSAD de Limoges en 2020. Son travail a été présenté dans plusieurs institutions françaises, notamment au musée de l’Armée (Paris), au musée d’Art moderne et d’Art contemporain des Sables-d’Olonne, au musée Estrine de Saint-Rémy-de-Provence, au musée des Beaux-Arts de Dole, à l’Espace Julio Gonzalez d’Arcueil, au musée Cécile Sabourdy et au musée des Beaux-Arts de Limoges, qui lui consacre une exposition personnelle en 2021. En 2025, elle est accueillie en résidence à la Cité internationale des arts de Paris et intervient lors des Congrès Rotondes de l’INHA. En juin 2026, la Fondation Brownstone à Paris lui consacre une exposition personnelle autour de sa série La Fin de l’abondance.
Curatrice
Maribel NADAL JOVÉ
Formée en France aux métiers et arts de l’exposition après des études d’histoire de l’art en Espagne, Maribel Nadal Jové est commissaire d’expositions dans le champ de l’art contemporain. Elle a collaboré avec différents musées pour développer des projets, principalement des collectives thématiques inspirées des collections des institutions et crées en dialogue avec les équipes des musées. Ainsi elle propose en 2020 Cœurs, Du Romantisme dans l’art contemporain, une collective d’artistes contemporains au musée de la vie Romantique à Paris inspirée des formes des bijoux de George Sand. En Nouvelle Aquitaine elle a eu l’occasion de proposer des expositions dans le musée d’art naïf, brut et singulier Cécile Sabourdy près de Limoges et au musée Labenche musée d’Art et d’Histoire de Brive. En 2019 elle a organisé une exposition au musée des Beaux-Arts de Limoges, Au fil des toiles, une collective de peinture contemporaine insérée dans le parcours de la collection permanente. Aujourd’hui ce musée lui a renouvelé sa confiance via une exposition thématique LECTURE(S)qu’elle a créée à partir d’une œuvre majeure de la collection (dépôt du Centre Pompidou) : La Chambre Bleue de Suzanne Valadon. SHU Rui participe à cette exposition.
espace temps
espace temps est un organisme qui se situe au coeur de Paris, à proximité du Centre Pompidou. Il est dédié à l’organisation d’expositions et d’événements de recherche, tout en favorisant les rencontres et les échanges.
98 rue Quincampoix 75003 Paris
Du mercredi au vendredi 14h – 19h
Le samedi 11h – 19h
espacetempsart@gmail.com